Les grands Maîtres

Écrit par Patrick. Publié dans Les grands Maîtres

  • Maitre NguyenLoc1            Le Maître Nguyen Lôc est né en 1912 (soit le 8 avril du calendrier lunaire) dans le village de Hau Bang, district de Thach That, province de Sòn Tày au nord du Vietnam. Cette région étant bordée de montagnes, le Maître Fondateur pouvait observer les fêtes montagnardes. Dans ces fêtes, se déroulaient des jeux de lutte où les participants devaient mettre leur adversaire « le dos à terre ».

                  Dès son plus jeune âge, il est formé à la pratique martiale ainsi que philosophique. Sur les conseils de son maître, il parcourut le Vietnam pour compléter son enseignement auprès des Maîtres les plus compétents. Au cours de son long voyage, il recueille de précieux documents anciens, dispersés et méconnus. Le grand Maître Nguyen Lôc n’avait de cesse de chercher, d’apprendre et d’étudier …

                  En 1939, le monde entier basculait dans l’horreur de la deuxième guerre mondiale. Le Vietnam était divisé en de multiples factions politiques. Une partie de la jeunesse, influencée par la présence française, avait oublié les valeurs traditionnelles et la culture vietnamienne.

                 Dès 1938, le Maître Fondateur Nguyen Lôc, pour lutter contre cette « désagrégation des valeurs traditionnelles vietnamiennes », décide de lancer son mouvement « Cach mang tam than», c’est à dire la « Révolution de la pensée et du corps ».
    Il combina et appliqua les meilleures techniques de nombreux arts martiaux pour créer le mouvement Vovinam Viet Vo Dao. Il recruta ensuite ses disciples. Plus tard, pour une meilleure phonétique, il contracta ces trois termes en « Vovinam ».

               A l’automne 1939, le mouvement du Maître Fondateur Nguyen Lôc prit de l’ampleur. Ce dernier organisa une grande démonstration à l’opéra d’Hanoï qui fut une grande réussite. Au printemps 1940, le 
    Vovinam fut reconnu officiellement comme discipline et le Maître Fondateur put ainsi inaugurer sa première classe à l’Ecole Normale Supérieure, rue Dô Hûu Tri à Hanoï. Au cours de l’année 1950, le Vovinam reprit son développement en plein jour dans toute la province du Nord Vietnam, acceptant toutes les classes sociales. La raison de son succès tenait à une méthode d’entraînement et une conception de l’art martial particulières, basées sur la maîtrise de soi.

     La chute de Dien Bien Phu en mai 1954 incita le Grand Maître à aller au Sud Vietnam (Saïgon), accompagné de quelques fidèles, pour continuer à développer le 
    Vovinam.
    En 1960, le Grand Maître Nguyen Lôc tomba malade et décéda le 4 avril (selon le calendrier lunaire) à Saïgon.
    Aujourd’hui au Vietnam, pendant toute l’année, des milliers de disciples du Vovinam Viet Vo Dao viennent se recueillir devant sa demeure éternelle.
  • MeLeSang1Me LE Sang est né à l'automne 1920 à Hanoi -, Vietnam, d'une famille de trois enfants, donc dont il est l'aîné, baignée dans un mélange de courants religieux : le bouddhisme du côté paternel et le catholicisme du côté maternel. Il a choisi le célibat pour pouvoir se donner pleinement à l'art martial Vovinam VVD.

              
     A l'âge de 20 ans, suite à une maladie qui l'avait complètement paralysé et malgré les soins qui lui étaient prodigués durant une année, il avait par la suite réussi à retrouver tout doucement la forme mais éprouvait encore des difficultés pour marcher. Pour remédier à ce problème et sur les conseils de ses parents, il décidait de chercher un maître pour apprendre les arts martiaux. Le hasard l'avait amené avec ses deux amis DANG Bay et DANG Binh au cours de Vovinam de l'Ecole Normale de Hanoi, où enseignait le Maître Fondateur NGUYEN Loc (1912-1960).
            
             Talentueux et persévérant, cinq ans après, en 1945, il a été nommé par le Maître Fondateur comme enseignant aux côtés de ses aînés comme NGUYEN Xuan My,  NGUYEN Khai et NGUYEN Bich pour dispenser les entraînements au centre BAC
     QUA, la maison DAU SAO, centre QUAN NGUA…  dans la ville de Hanoi.
     
    A partir de ce moment, il voyageait et accompagnait le Maître Fondateur dans toutes les provinces du nord du Vietnam  : Hai Phong, Thach That, Phu Tho, Chue Luu, Dan Ha, Dan Thuong, Me Doi, Phat Diem… En 1948, comme la guerre France-Vietnam faisait rage, il arrêtait temporairement le Vovinam pour se tourner vers une activité économique. Toutefois, il était toujours disponible à chaque fois que le Maître Fondateur NGUYEN Loc avait besoin de lui.
     
    En juillet 1954 le Maître Fondateur NGUYEN Loc rejoignait le Sud Vietnam avec ses fidèles disciples. Quelques mois plus tard, en 1955, il avait ouvert le premier Centre de Vovinam au 55 rue THU Khoa Huan avec l'assistance de Maître PHAN Duong Binh. Maître LE Sang avait aussi rejoint le Maître Fondateur au sud Vietnam, en août 1954. A son arrivée, il avait pris contact avec Maître NGUYEN Loc et aidait de temps en temps ce dernier dans sesenseignements ; il remplaçait Maître PHAN Duong Binh lorsque celui-ci devait retourner au Nord pour motifs familiaux.
     
    En 1957, Maître Fondateur NGUYEN Loc était malade. Il autorisait ses disciples à créer de nouveaux centres et à y enseigner. Pour ses propres salles, il les avait placées sous la direction des maîtres LE Sang et TRAN Huy Phong. A ce moment, Maître LE Sang avait pris la décision d'arrêter ses activités professionnelles pour se consacrer au Vovinam.
     
    Le 30 Avril 1960, le Maître Fondateur NGUYEN Loc décède à Saigon et est enterré au cimetière MAC Dinh Chi. Le Maître n'avait ni laissé de testament, ni désigné son successeur. Maître LE Sang étant l'aîné et le plus âgé des maîtres de cette époque, avait été désigné par ses pairs comme « Maître Aîné ». Le 11 novembre 1960, un coup d'état avait eu lieu mais se soldait par un échec. Comme il y avait de nombreuses personnalités du monde des arts martiaux parmi les insurgés, dont les plus connus : Monsieur PHAM Loi  (Judo) et Monsieur TAM Kieng (Arts martiaux traditionnels), les sanctions furent sans appel : interdiction d'enseigner les arts martiaux dans le sud.
     
    Maître LE Sang se retrouvait donc dans l'impossibilité d'enseigner le Vovinam-VVD, faute d'autorisation. Il décidait donc de partir à Quang Duc avec NGUYEN Hai, le petit frère du Maître Fondateur, pour la gestion d'une plantation de caoutchouc ainsi qu'une fabrique de bois (1961-1964).
     
    Pendant ce temps, Maître TRAN Huy Phong, le remplaçait. Il continuait à développer le Vovinam dans le plus grand secret. A la fin de l'année 1963, un deuxième coup d'état eu lieu, qui réussi cette fois-ci ! Les écoles d'arts martiaux avaient de nouveau l'autorisation d'enseigner.
     
    Maître LE Sang, ayant eu des difficultés économiques, était retourné à Saigon en avril 1964. Ayant appris le retour du Maître LE Sang, les maîtres dirigeants de cette époque avaient invité ce dernier à les rejoindre, ce qui fut chose faite.  A ce moment là, Maître LE Sang participait au développent du Vovinam aux côtés des maîtres dirigeants de l'époque comme : TRAN Huy Phong, MANH Hoang, Nguyen Van Thu, TRAN Duc Hop, NGO Huu Lien, PHAN Quynh, TRAN Ban Que, NGUYEN Van Cuong, NGUYEN Van Thong … Ils établissement d'un programme pour institutionnaliser l'organisation, ainsi qu'un grand projet de développement à l'échelle nationale. Ce fut la grande époque de la renaissance du Vovinam-Viet Vo Dao (1964-1975). C'est aussi le moment où la fonction de Maître Patriarche a été créée et Maître LE Sang a été élu comme Patriarche par le premier Conseil des Maîtres du Vovinam-VVD. 
  • ThayPhong1              Maître Tran Huy Phong est l'éminent disciple direct du Maître Fondateur Nguyen Loc.
    Après le décès de son Maître en 1960, il reprend le flambeau et structure le mouvement de Vovinam-VietVoDao que nous connaissons aujourd’hui.
               En 1964 le Conseil des Maîtres de Vovinam-Viêt Võ Ðao est crée, Maître Lê Sáng fut élu à la fonction Patriarche, Maître Tran Huy Phong fut nommé Directeur Technique du Vovinam-Viêt Võ Ðao. Nos deux Maîtres établissent alors un plan de développement du mouvement. Le premier plan fut approuvé à l’unanimité par l’assemblée générale convoquée le 01/02/1964 à Saigon. Deux ans après, le Vovinam-Viêt Võ Ðao retrouvait sa place dans le programme de l’éducation nationale.
              
             En 1966 Maître Tran Huy Phong créait le centre Hoa Lu. Dans ce centre renommé, plusieurs Maîtres ceintures rouges qualifiés ont été formés, exemple : Maître Lê Công anh, Tran Huy Quyên, Nguyên Van Thông, aujourd’hui des dirigeants du mouvement VVN-VVD en Australie. Les Maîtres Nguyên Ðiên, Tran Nguyên Ðao, aujourd’hui des dirigeants du mouvement VVN-VVD en France. Maître Nguyên Tien Hoi en Allemagne, Maître Tran Van Bé, Nguyên Van Ðông, Nguyen The Hùng en Amérique et des centaines autres Maîtres au Vietnam et dans le monde.
               En 1986 Maître Trân Huy Phong assurait la responsabilité suprême du mouvement Vovinam Viet Vo Dao, en qualité de Patriarche de 3ème génération. Mais en 1990, il renonçait ce poste à Maître Lê Sáng qui avait été le patriarche de 2ème génération pour consacrer à la recherche à la fois technique et spirituelle.     Il décède le 13 décembre 1997 à Saigon (VN).

     
    Il occupera les plus hautes fonctions :
    - 1964-1973 : Il crée la Fédération Nationale de Vovinam-VVD
    - Adjoint du Patriarche Le Sang
    - Directeur Technique du Vovinam-VietVoDao
    - Responsable de l'organisation et du développement
    - Président de la Fédération de la Jeunesse du Vovinam-Vietvodao
    - 1973-1975
    - Président du Vovinam-Vietvodao du Vietnam
    - Président du Vovinam-Vietvodao Mondial
    - 1975-1986 : Il est incarcéré en camp de "rééducation"
    - 1986-1990: Patriarche du Vovinam-Vietvodao
    - 1996-1997 : Il crée la Fédération Mondiale et le Conseil Mondial des Maîtres et accepte le poste de Conseiller.
     

    La renaissance du vovinam

    Il rénove et transforme le Vovinam en Vovinam-Vietvodao,
    · Il rénove l'école Vovinam en la structurant en fédération nationale d'art martial,
    · Il crée le système de grades du Vovinam-Vietvodao
    · Il introduit le Vovinam-Vietvodao dans l'éducation nationale et les corps d'état (police, armée),
    · Il planifie rigoureusement l'étude du Vovinam et définit un programme d'enseignement officiel,
    · Il énonce les bases de la théorie et de la philosophie du Vovinam-Vietvodao : 10 principes fondamentaux, doctrine de l'harmonie entre la force et la souplesse, théorie de la révolution du corps et de l'esprit…
    · Il forme des centaines de maîtres, · Avant de s'éteindre en 1997, il crée la Fédération Mondiale de Vovinam-Vietvodao, le 1er Conseil Mondial des Maîtres et lègue de très nombreux documents à son disciple et frère Maître TRAN NGUYEN DAO…

    La période sombre

    En 1960 l'autorité politique du régime NGO DINH DIÊM ordonne la fermeture de tous les Vo Duong (lieux d'entraînement). Maître LE SANG part à Quang Duc ouvrir une exploitation agricole. Reste maître TRAN HUY PHONG qui continue à oeuvrer pour le développement du VOVINAM. Il est le pilier de l'élaboration et du développement, et c'est sous son impulsion et sa direction que le VOVINAM va devenir le VOVINAM-VIETVODAO que nous connaissons aujourd’hui.

    Le Vovinam dans l'enseignement secondaire

    A cette époque maître TRAN HUY PHONG est professeur de mathématiques et exerce dans les lycées de Saigon. Il en profite pour ouvrir des dizaines de classes de Vovinam en tant qu'activité sportive dans le cadre scolaire, ce qui n'est pas interdit et donc légal aux yeux de l'autorité politique. Ainsi le Vovinam est-il enseigné dans les établissements secondaires de Saigon : Lycée Anh Sang, rue Phan Dinh Phung, Lycée Tri Duc, rue Cao Thang, Lycée Saint Thomas, rue Truong Minh Giang, Lycée Chân Phuoc Liêm, Go Vâp, Lycée Thang Long, rue Bui Viên, Lycée Hô Vu, rue Trân Quôc Toan, etc. Grâce à cela, le mouvement Vovinam-Vietvodao est non seulement autorisé, mais il se développe encore plus largement. Le nombre de pratiquants est très élevé, avec comme résultat la formation d'une "armée" d'instructeurs jeunes et enthousiastes, une génération de cadres qui sont la base même de la grande expansion du mouvement dans les années 1964-1975.

    Au nombre de pratiquants issus des établissements secondaires cités plus haut, et qui deviendront des maîtres de renom et des piliers du Vovinam, on peut compter : maîtres Lê Công Danh, Trân Van Be, Trân Huy Quyên, Nguyên Van Thông, Nguyên Van Trung, Nguyên Xuân Ngoc, Pham Van Sinh… ainsi que d'anciens pratiquants qui n'ont jamais cessé de participer de tout coeur aux activités du Vovinam : Nguyên Van Hoan, Duong Hoanh San, Phung Manh Tâm…

    Formation des cadres

    Egalement à cette époque, un nombre d'élèves qui avaient déjà pratiqué avant 1960 et atteint un niveau moyen sont réunis par maître TRAN HUY PHONG qui leur dispense en personne son enseignement. Certains de ces élèves deviendront des maîtres : Trinh Ngoc Minh, Cao Van Cat, Liên Quôc, Tô Câm Minh, Quynh Ky, Ly Phuc Thai…

    Rassemblement des élèves du maïtre fondateur

    Le VOVINAM-Vietvodao se développe considérablement, les tâches deviennent chaque jour plus complexes et difficiles à coordonner. Maître PHONG ne peut assumer seul cette responsabilité, il demande donc à ses condisciples de l'assister. Ces condisciples sont naturellement des disciples du Maître Fondateur : Nguyên Van Thu, Trân Duc Hop, Ngô Huu Liên, Pham Huu Dô, Nghiêm Van Hiên, Nghiêm Van Hung, Trân Thê Phuong.

    Rassemblement de l'élite

    Maître PHONG rassemble un nombre de proches ayant un haut niveau dans d'autres disciplines et arrive à les convaincre de servir le Vovinam. Il organise lui-même des sessions d'enseignement technique et de formation accélérée pour que ces personnes obtiennent le statut d'enseignant du Vovinam. Certains de ces proches deviendront des maîtres illustres qui contribueront grandement à l'essor de l'Ecole Vovinam : maîtres Manh Hoang, Phan Quynh, Nguyên Hô (Nguyen Van Cuong), Trân Ban Quê.

    Les activités sociales

    Toujours à cette époque, maître TRAN HUY PHONG et ses proches ne se limitent pas au développement du Vovinam, mais ils débordent d'activités socioculturelles, accroissant ainsi la notoriété et l'influence du Vovinam. L'objectif est de créer un mouvement Vovinam qui pénètre profondément et largement la masse vietnamienne.

    · Sur le plan culturel :

    Organisation de cours et de sessions de préparation aux examens scolaires (appelés cours collectifs) réservés aux élèves pauvres et démunis.

    · Sur le plan humanitaire :

    Participation aux oeuvres de bienfaisance et de solidarité sociale. L'un des exemples les plus symboliques : en 1961, le Vovinam organise un grand gala d'art martial et artistique pendant 3 jours d'affilée au stade olympique, afin de récolter des fonds pour venir en aide aux victimes des inondations de la région Ouest.